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Théories de l'émotion : James-Lange, Cannon-Bard, Schachter-Singer (psycho)

    Tremble-t-on parce qu'on a peur, ou a-t-on peur parce qu'on tremble ? Les grandes théories de l'émotion, de James-Lange à l'évaluation cognitive de Lazarus, avec leurs expériences et leurs critiques.

    La théorie de James-Lange soutient que l'émotion est la perception des changements corporels déclenchés par une situation : nous n'avons pas des palpitations parce que nous avons peur, nous avons peur parce que nous percevons nos palpitations. Cette thèse paradoxale a lancé un siècle de débats, avec les réponses de Cannon et Bard, de Schachter et Singer, puis des théories de l'évaluation cognitive de Lazarus.

    Ces théories reviennent en L2 en psychophysiologie et en L3 dans les cours sur l'émotion et la cognition. Voici chacune, ses arguments et ses limites, pour pouvoir les comparer en copie.

    James-Lange : le corps d'abord (1884-1885)

    William James, en 1884, et le physiologiste danois Carl Lange, en 1885, proposent indépendamment la même idée. La séquence intuitive, je vois un ours, j'ai peur, je tremble, serait fausse. La vraie séquence serait : je vois un ours, mon corps réagit, et la perception de cette réaction corporelle constitue l'émotion. Chaque émotion correspondrait à un profil corporel particulier.

    Cannon-Bard : le cerveau d'abord (1927)

    Walter Cannon formule en 1927 cinq critiques. Les réactions viscérales sont trop lentes et trop peu spécifiques pour distinguer les émotions : la peur et la colère accélèrent toutes deux le cœur. Des animaux privés de retours viscéraux continuent de manifester des émotions. Provoquer artificiellement les changements corporels, par une injection d'adrénaline, ne produit pas une véritable émotion. Avec Philip Bard, il propose que le thalamus déclenche simultanément l'expérience émotionnelle consciente et les réactions corporelles.

    Schachter-Singer : l'activation et son étiquette (1962)

    Schachter et Singer proposent une théorie à deux facteurs : une activation physiologique générale, peu spécifique, et une interprétation cognitive de cette activation à partir du contexte. Dans leur expérience, des participants reçoivent une injection d'adrénaline présentée comme une vitamine. Ceux qui ne sont pas informés des effets réels interprètent leur activation selon le comportement d'un complice, euphorique ou irrité. Ceux qui sont informés attribuent leurs sensations à l'injection et sont moins influencés.

    Dutton et Aron (1974) en donnent une illustration célèbre : des hommes interrogés par une jeune femme sur un pont suspendu vertigineux expriment davantage d'attirance que ceux interrogés sur un pont stable. Une partie de l'activation due à la peur serait réattribuée à l'attirance.

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    Lazarus : l'évaluation au cœur de l'émotion

    Richard Lazarus place l'évaluation cognitive au centre. L'évaluation primaire juge si la situation concerne mes buts et si elle est menaçante, bénéfique ou neutre ; l'évaluation secondaire juge mes ressources pour y faire face. Un même examen peut ainsi produire de l'angoisse chez celui qui le vit comme une menace et de l'excitation chez celui qui le vit comme un défi. Scherer prolongera cette approche avec un modèle à plusieurs composantes, cognitive, physiologique, motivationnelle, expressive et subjective.

    Les émotions de base

    Une autre tradition, issue de Darwin, insiste sur la dimension biologique et universelle des émotions. Paul Ekman montre que des expressions faciales de base, comme la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût, sont reconnues dans des cultures très différentes, y compris sans contact avec l'Occident. Cette thèse est aujourd'hui discutée par les approches constructionnistes, qui soulignent la variabilité culturelle et contextuelle des émotions.

    Les pièges en partiel

    • Inverser James-Lange et Cannon-Bard : chez James, le corps précède l'émotion ; chez Cannon, les deux sont simultanés.

    • Présenter Schachter-Singer comme une théorie purement physiologique : elle est à deux facteurs.

    • Oublier les critiques de Cannon, qui structurent toute la discussion.

    • Confondre évaluation primaire et secondaire chez Lazarus.

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    Sources

    James, W. (1884). « What is an emotion ? ». Mind, 9(34), 188-205.

    Cannon, W. B. (1927). « The James-Lange theory of emotions : A critical examination and an alternative theory ». American Journal of Psychology, 39, 106-124.

    Schachter, S. et Singer, J. (1962). « Cognitive, social, and physiological determinants of emotional state ». Psychological Review, 69(5), 379-399.

    Dutton, D. G. et Aron, A. P. (1974). « Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety ». Journal of Personality and Social Psychology, 30(4), 510-517.

    Lazarus, R. S. (1991). « Emotion and adaptation ». Oxford University Press.

    Questions fréquentes

    Que dit la théorie de James-Lange ?

    Elle soutient que l'émotion est la perception des changements corporels provoqués par une situation. Nous ne tremblons pas parce que nous avons peur : nous avons peur parce que nous percevons que nous tremblons. Formulée par James en 1884 et Lange en 1885, elle place le corps avant l'expérience émotionnelle.

    Quelle différence entre James-Lange et Cannon-Bard ?

    Pour James-Lange, la réaction corporelle précède l'émotion et la constitue. Pour Cannon-Bard, en 1927, le thalamus déclenche en même temps l'expérience émotionnelle et les réactions corporelles, qui sont trop lentes et trop peu spécifiques pour définir chaque émotion. Le premier modèle est séquentiel, le second simultané.

    Qu'est-ce que la théorie de Schachter et Singer ?

    C'est une théorie à deux facteurs, proposée en 1962 : une activation physiologique générale et une interprétation cognitive de cette activation selon le contexte. Dans leur expérience, des participants injectés d'adrénaline sans le savoir interprétaient leur activation à partir du comportement euphorique ou irrité d'un complice.

    Qu'est-ce que l'évaluation cognitive selon Lazarus ?

    C'est le jugement que la personne porte sur une situation et qui détermine l'émotion ressentie. L'évaluation primaire estime si la situation est menaçante, bénéfique ou neutre pour ses buts ; l'évaluation secondaire estime les ressources disponibles pour y faire face. Un même événement peut donc susciter des émotions différentes.

    Quelles sont les émotions de base selon Ekman ?

    Ekman a d'abord retenu six émotions de base reconnues à travers les cultures à partir des expressions faciales : la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. Il a ensuite envisagé d'en ajouter d'autres, comme le mépris. Leur universalité est aujourd'hui discutée par les approches constructionnistes.

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