Loi de Yerkes-Dodson : stress, éveil et performance (licence psycho)
La loi de Yerkes-Dodson décrit une relation en U inversé entre le niveau d'activation, ou d'éveil, et la performance : la performance augmente avec l'activation jusqu'à un niveau optimal, puis diminue quand l'activation devient trop forte. Ce niveau optimal dépend de la difficulté de la tâche : il est plus bas pour une tâche difficile que pour une tâche simple.
Cette loi, souvent citée pour parler du stress aux examens, est au programme de L3 avec les liens entre émotion et cognition. Elle mérite pourtant d'être présentée avec précision, car l'expérience d'origine est loin de ce qu'on lui fait dire.
L'expérience de 1908
Robert Yerkes et John Dodson étudient chez des souris l'apprentissage d'une discrimination visuelle : choisir entre deux compartiments, l'un clair, l'autre sombre, le mauvais choix étant sanctionné par un choc électrique. Ils font varier l'intensité du choc et la difficulté de la discrimination. Pour une discrimination facile, l'apprentissage s'améliore avec des chocs plus forts ; pour une discrimination difficile, il est meilleur avec des chocs d'intensité intermédiaire, et se dégrade avec des chocs trop forts.
Il faut donc souligner deux points. L'étude porte sur l'intensité d'une stimulation désagréable et sur la vitesse d'apprentissage chez la souris, pas sur l'anxiété humaine. Et la loi tient en réalité en deux propositions : il existe un optimum, et cet optimum varie avec la difficulté de la tâche.
Comment la loi s'est-elle généralisée ?
Le résultat est resté peu cité pendant des décennies, avant d'être redécouvert dans les années 1950, avec l'essor de la notion d'activation, ou arousal. Hebb (1955) propose une courbe en U inversé reliant l'éveil du système nerveux à l'efficacité du comportement. La loi est alors réinterprétée comme une relation générale entre stress, anxiété ou motivation et performance, ce que Teigen (1994) a qualifié de loi pour toutes les saisons, tant elle a été appliquée à des notions différentes.
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Une explication : le rétrécissement de l'attention
Easterbrook (1959) propose un mécanisme. Quand l'activation augmente, le champ attentionnel se rétrécit : on élimine d'abord les informations non pertinentes, ce qui améliore la performance, puis, si l'activation continue de croître, on finit par éliminer aussi des informations utiles, ce qui la dégrade. Une tâche complexe, qui demande de prendre en compte beaucoup d'indices, souffre donc plus vite d'une activation élevée qu'une tâche simple.
Ce qu'on peut en retenir pour les examens
Avec prudence, la loi rappelle qu'un niveau modéré d'activation peut aider à se concentrer, alors qu'un niveau trop élevé, comme une anxiété intense, nuit surtout aux tâches complexes, comme une dissertation ou un problème de statistiques. Les théories de l'évaluation cognitive ajoutent que l'interprétation compte : une même activation vécue comme un défi plutôt que comme une menace est associée à de meilleures performances.
Les pièges en partiel
Présenter l'expérience de 1908 comme une étude sur le stress humain.
Oublier que l'optimum dépend de la difficulté de la tâche.
Confondre activation physiologique et anxiété ressentie.
Citer la loi comme un fait établi sans évoquer sa généralisation discutée.
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Sources
Yerkes, R. M. et Dodson, J. D. (1908). « The relation of strength of stimulus to rapidity of habit-formation ». Journal of Comparative Neurology and Psychology, 18(5), 459-482.
Hebb, D. O. (1955). « Drives and the C.N.S. (conceptual nervous system) ». Psychological Review, 62(4), 243-254.
Easterbrook, J. A. (1959). « The effect of emotion on cue utilization and the organization of behavior ». Psychological Review, 66(3), 183-201.
Teigen, K. H. (1994). « Yerkes-Dodson : A law for all seasons ». Theory & Psychology, 4(4), 525-547.
Questions fréquentes
Que dit la loi de Yerkes-Dodson ?
Elle décrit une relation en U inversé entre le niveau d'activation et la performance : la performance augmente jusqu'à un niveau optimal d'activation, puis diminue si l'activation devient trop forte. Cet optimum est plus bas pour les tâches difficiles que pour les tâches simples.
Quelle est l'expérience de Yerkes et Dodson ?
En 1908, ils étudient chez des souris l'apprentissage d'une discrimination entre deux compartiments, l'erreur étant sanctionnée par un choc électrique d'intensité variable. Pour une tâche facile, des chocs plus forts accélèrent l'apprentissage ; pour une tâche difficile, ce sont des chocs d'intensité intermédiaire qui sont les plus efficaces.
La loi de Yerkes-Dodson s'applique-t-elle au stress ?
Elle est souvent utilisée ainsi, mais avec une généralisation importante : l'expérience d'origine porte sur l'intensité d'un choc chez la souris. Les chercheurs l'ont étendue à l'activation, puis au stress et à l'anxiété, ce que certains auteurs critiquent. Il faut donc la citer avec prudence.
Pourquoi un stress trop fort nuit-il à la performance ?
Selon Easterbrook, une activation élevée rétrécit le champ attentionnel. Au début, on écarte les informations inutiles, ce qui aide ; mais au-delà, on écarte aussi des informations utiles. Les tâches complexes, qui exigent de traiter beaucoup d'indices, en souffrent plus vite que les tâches simples.
Comment utiliser la loi de Yerkes-Dodson pour les examens ?
Elle rappelle qu'un peu d'activation peut aider à se concentrer, mais qu'une anxiété trop forte gêne surtout les tâches complexes. Réviser régulièrement évite l'hyperactivation de dernière minute, et interpréter l'examen comme un défi plutôt que comme une menace est associé à de meilleures performances.