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Pensée de groupe, polarisation et paresse sociale : dynamique des groupes (psycho)

    Pourquoi des groupes cohésifs prennent de mauvaises décisions, pourquoi la discussion radicalise les opinions et pourquoi on travaille moins à plusieurs : Janis, Moscovici, Ringelmann, Zajonc.

    La pensée de groupe, décrite par Irving Janis en 1972, est un mode de raisonnement qui s'installe dans les groupes très cohésifs : le désir d'unanimité l'emporte sur l'examen critique des options, et le groupe prend des décisions défectueuses. Elle fait partie d'un ensemble de phénomènes qui montrent qu'un groupe n'est pas la simple somme de ses membres, avec la polarisation, la paresse sociale et la facilitation sociale.

    Ces phénomènes forment le cœur de la dynamique des groupes en L2. Voici chacun avec son auteur, son expérience et ses conditions d'apparition.

    La pensée de groupe selon Janis

    Janis part d'études de cas de décisions politiques désastreuses, notamment le débarquement de la baie des Cochons en 1961, décidé par l'équipe du président Kennedy malgré des signaux d'alerte. Il identifie des conditions favorables : une forte cohésion, un groupe isolé des avis extérieurs, un leader qui affiche tôt sa préférence, l'absence de procédure méthodique et une situation stressante.

    • Illusion d'invulnérabilité et de moralité du groupe.

    • Rationalisation collective des avertissements.

    • Stéréotypes sur les adversaires, jugés faibles ou malveillants.

    • Pression directe sur les membres qui expriment des doutes.

    • Autocensure et illusion d'unanimité : le silence est pris pour un accord.

    • Gardiens de la pensée qui filtrent les informations dérangeantes.

    Pour la prévenir, Janis recommande de désigner un avocat du diable, de faire évaluer le projet par des experts extérieurs, de demander au leader de ne pas donner son avis en premier et de diviser le groupe en sous-groupes indépendants. Le modèle a été critiqué pour reposer surtout sur des études de cas, et les recherches expérimentales n'en confirment qu'une partie, mais il reste une grille de lecture très utilisée.

    La polarisation de groupe

    Stoner observe en 1961 que des groupes prennent des décisions plus risquées que la moyenne des décisions individuelles de leurs membres : on parle de glissement vers le risque. Moscovici et Zavalloni (1969) montrent que le phénomène est plus général : la discussion accentue la tendance initialement dominante dans le groupe, qu'elle aille vers le risque ou vers la prudence, et dans les attitudes en général. Des étudiants plutôt favorables à une opinion en ressortent encore plus favorables.

    Deux explications se complètent. La discussion fait circuler davantage d'arguments dans le sens dominant, ce qui convainc. Et chacun cherche à se situer favorablement par rapport à la norme du groupe, en adoptant une position un peu plus marquée que la moyenne. Ce mécanisme éclaire aujourd'hui la radicalisation des opinions dans les groupes homogènes, y compris en ligne.

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    La paresse sociale

    Dès la fin du XIXe siècle, l'ingénieur Ringelmann remarque que des hommes qui tirent ensemble sur une corde exercent chacun moins de force que lorsqu'ils tirent seuls. Latané, Williams et Harkins (1979) étudient le phénomène en demandant à des participants de crier ou d'applaudir le plus fort possible, seuls ou en groupe : l'effort individuel diminue avec la taille du groupe.

    Une partie de la baisse tient à la mauvaise coordination, mais une autre tient à la motivation : quand la contribution de chacun n'est pas identifiable, chacun relâche son effort. La paresse sociale diminue quand les contributions sont visibles et évaluées, quand la tâche a du sens pour les membres et quand le groupe est cohésif.

    La facilitation sociale

    La présence d'autrui n'a pas toujours un effet négatif. Triplett observe en 1898 que des cyclistes vont plus vite en compétition ou accompagnés que seuls. Zajonc (1965) résout l'apparente contradiction des résultats : la présence d'autrui augmente l'éveil physiologique, ce qui favorise la réponse dominante. Sur une tâche maîtrisée, la réponse dominante est la bonne et la performance s'améliore ; sur une tâche nouvelle ou difficile, c'est l'erreur et la performance se dégrade.

    Les pièges en partiel

    • Confondre pensée de groupe, qui concerne la qualité des décisions, et conformité de Asch, qui concerne un jugement individuel.

    • Réduire la polarisation au glissement vers le risque.

    • Confondre paresse sociale, qui touche les tâches collectives où l'effort n'est pas identifiable, et inhibition sociale, qui touche les tâches difficiles en présence d'autrui.

    • Oublier que la cohésion n'est pas mauvaise en soi.

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    Sources

    Janis, I. L. (1972). « Victims of groupthink ». Houghton Mifflin.

    Moscovici, S. et Zavalloni, M. (1969). « The group as a polarizer of attitudes ». Journal of Personality and Social Psychology, 12(2), 125-135.

    Latané, B., Williams, K. et Harkins, S. (1979). « Many hands make light the work : The causes and consequences of social loafing ». Journal of Personality and Social Psychology, 37(6), 822-832.

    Zajonc, R. B. (1965). « Social facilitation ». Science, 149(3681), 269-274.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que la pensée de groupe selon Janis ?

    C'est un mode de raisonnement qui apparaît dans les groupes très cohésifs, quand la recherche d'unanimité l'emporte sur l'examen critique des solutions. Janis l'a décrit en 1972 à partir de décisions politiques désastreuses comme la baie des Cochons. Il se manifeste par l'autocensure, l'illusion d'unanimité et la rationalisation des avertissements.

    Quels sont les symptômes de la pensée de groupe ?

    Janis en décrit plusieurs : illusion d'invulnérabilité et de moralité du groupe, rationalisation collective, stéréotypes sur les adversaires, pression sur les membres qui doutent, autocensure, illusion d'unanimité et présence de gardiens de la pensée qui écartent les informations dérangeantes.

    Qu'est-ce que la polarisation de groupe ?

    C'est la tendance d'un groupe à adopter, après discussion, une position plus extrême que la moyenne des positions initiales de ses membres, dans le sens déjà dominant. Moscovici et Zavalloni l'ont montrée en 1969. Elle s'explique par la circulation d'arguments allant dans le même sens et par le désir de se situer favorablement par rapport à la norme.

    Qu'est-ce que la paresse sociale ?

    C'est la diminution de l'effort individuel quand on travaille en groupe sur une tâche où la contribution de chacun n'est pas identifiable. Observée par Ringelmann avec des hommes tirant une corde, puis étudiée par Latané, Williams et Harkins en 1979, elle diminue quand l'effort de chacun est visible et que la tâche compte pour les membres.

    Quelle différence entre facilitation sociale et paresse sociale ?

    La facilitation sociale concerne la performance individuelle en présence d'autrui : elle s'améliore sur les tâches maîtrisées et se dégrade sur les tâches difficiles, selon Zajonc. La paresse sociale concerne les tâches collectives où l'effort de chacun se fond dans le résultat du groupe : l'effort individuel y diminue.

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