Menace du stéréotype : l'expérience de Steele et Aronson expliquée (psycho)
La menace du stéréotype désigne la baisse de performance que peuvent subir les membres d'un groupe stigmatisé quand ils craignent de confirmer, par leur résultat, un stéréotype négatif visant leur groupe. Steele et Aronson l'ont mise en évidence en 1995 : des étudiants afro-américains réussissaient moins bien un test difficile quand on le présentait comme une mesure de leurs capacités intellectuelles que lorsqu'il était présenté comme un simple exercice.
C'est un résultat central de la psychologie sociale de L3, parce qu'il montre qu'un stéréotype agit aussi sur la personne visée, et pas seulement sur ceux qui l'entretiennent. Voici l'expérience, ses prolongements et les débats qu'elle suscite.
L'expérience de Steele et Aronson
Des étudiants afro-américains et blancs de l'université Stanford passent un test verbal difficile, tiré d'un examen d'entrée en troisième cycle. Dans la condition dite diagnostique, on leur présente le test comme une mesure de leurs capacités intellectuelles. Dans la condition non diagnostique, on le présente comme un exercice de laboratoire sur la résolution de problèmes, sans lien avec les capacités.
Dans la condition non diagnostique, les deux groupes réussissent de façon comparable, une fois tenu compte de leur niveau initial. Dans la condition diagnostique, les étudiants afro-américains obtiennent des scores nettement plus faibles. Une autre variante montre que le simple fait de devoir indiquer son origine avant le test suffit à faire baisser les performances. Rien n'a changé dans la difficulté du test : seule la signification de la situation a changé.
Un effet qui touche de nombreux groupes
Spencer, Steele et Quinn (1999) retrouvent l'effet chez des étudiantes en mathématiques : quand le test est présenté comme révélant des différences entre hommes et femmes, elles réussissent moins bien ; quand on précise qu'il n'en révèle pas, l'écart disparaît. En France, Croizet et Claire (1998) montrent que des étudiants d'origine sociale modeste réussissent moins bien un test verbal présenté comme une mesure de l'intelligence.
L'effet ne concerne pas que les groupes minoritaires : des hommes blancs réussis en mathématiques voient leurs performances baisser quand on leur annonce qu'ils seront comparés à des étudiants asiatiques. Ce qui compte n'est pas une faiblesse du groupe, mais la pression d'une comparaison défavorable rendue saillante.
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Par quels mécanismes ?
Plusieurs processus ont été proposés et se combinent. L'anxiété et l'activation physiologique augmentent dans la situation menaçante. La personne surveille ses performances et ses pensées, ce qui consomme des ressources de mémoire de travail nécessaires à la tâche. Elle peut aussi chercher à supprimer les pensées liées au stéréotype, un effort qui lui-même mobilise de l'attention. À plus long terme, une exposition répétée peut conduire à se désengager du domaine, par exemple à se détourner des études scientifiques pour protéger son estime de soi.
Comment réduire la menace du stéréotype ?
Retirer le caractère diagnostique de l'épreuve, ou affirmer explicitement qu'elle ne révèle pas de différences entre groupes.
Informer sur le phénomène : savoir que l'anxiété peut venir de la menace aide à ne pas l'interpréter comme un manque de capacité.
Pratiquer l'auto-affirmation, en écrivant sur ses valeurs importantes avant l'épreuve.
Présenter l'intelligence comme une capacité qui se développe, et proposer des modèles de réussite issus du groupe concerné.
Un effet débattu
Comme d'autres effets de psychologie sociale, la menace du stéréotype a été réexaminée lors de la crise de la réplication. Des méta-analyses suggèrent que sa taille a pu être surestimée par la publication préférentielle des résultats positifs, notamment chez les enfants et les adolescents. L'existence du phénomène n'est pas remise en cause par tous, mais son ampleur dans les situations réelles d'examen reste discutée : c'est une nuance appréciée en copie.
Les pièges en partiel
Confondre menace du stéréotype et stéréotype : la menace porte sur la personne visée, non sur celui qui juge.
Croire qu'il faut adhérer au stéréotype pour le subir : il suffit de le connaître.
Présenter l'effet comme une preuve d'infériorité : il montre au contraire le poids de la situation.
Oublier le débat sur sa taille.
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Sources
Steele, C. M. et Aronson, J. (1995). « Stereotype threat and the intellectual test performance of African Americans ». Journal of Personality and Social Psychology, 69(5), 797-811.
Spencer, S. J., Steele, C. M. et Quinn, D. M. (1999). « Stereotype threat and women's math performance ». Journal of Experimental Social Psychology, 35(1), 4-28.
Croizet, J.-C. et Claire, T. (1998). « Extending the concept of stereotype threat to social class : The intellectual underperformance of students from low socioeconomic backgrounds ». Personality and Social Psychology Bulletin, 24(6), 588-594.
Aronson, J., Lustina, M. J., Good, C., Keough, K., Steele, C. M. et Brown, J. (1999). « When white men can't do math : Necessary and sufficient factors in stereotype threat ». Journal of Experimental Social Psychology, 35(1), 29-46.
Flore, P. C. et Wicherts, J. M. (2015). « Does stereotype threat influence performance of girls in stereotyped domains ? A meta-analysis ». Journal of School Psychology, 53(1), 25-44.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la menace du stéréotype ?
C'est la baisse de performance que peuvent subir les membres d'un groupe visé par un stéréotype négatif quand ils craignent de le confirmer dans une situation d'évaluation. Steele et Aronson l'ont montrée en 1995 avec des étudiants afro-américains dont les scores baissaient quand un test était présenté comme une mesure de leurs capacités intellectuelles.
Quelle est l'expérience de Steele et Aronson ?
En 1995, ils font passer un test verbal difficile à des étudiants afro-américains et blancs. Présenté comme une mesure des capacités intellectuelles, le test est moins bien réussi par les étudiants afro-américains ; présenté comme un simple exercice, l'écart disparaît. La seule différence entre les conditions est la signification donnée à l'épreuve.
Quel est un exemple de menace du stéréotype ?
Des étudiantes réussissent moins bien un test de mathématiques quand on leur annonce qu'il révèle des différences entre hommes et femmes, et aussi bien que les hommes quand on précise qu'il n'en révèle pas. En France, des étudiants d'origine modeste réussissent moins bien un test présenté comme une mesure de l'intelligence.
Comment réduire la menace du stéréotype ?
On peut retirer le caractère diagnostique de l'épreuve, préciser qu'elle ne révèle pas de différences entre groupes, informer les personnes sur le phénomène, les inviter à affirmer leurs valeurs avant l'épreuve, présenter l'intelligence comme une capacité qui se développe et proposer des modèles de réussite issus du groupe concerné.
Par quels mécanismes agit la menace du stéréotype ?
Elle combine l'anxiété et l'activation physiologique, une surveillance de soi qui consomme des ressources de mémoire de travail, et l'effort pour chasser les pensées liées au stéréotype. À long terme, elle peut pousser à se désengager du domaine menacé pour protéger son estime de soi.