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DSM-5-TR et CIM-11 : les classifications en psychopathologie (licence psycho)

    Qui publie le DSM-5-TR et la CIM-11, comment elles définissent un trouble, ce qui les distingue, le tournant du DSM-III et les critiques qui mènent aux approches dimensionnelles.

    Le DSM-5-TR et la CIM-11 sont les deux grandes classifications des troubles mentaux. Le DSM-5-TR, publié en 2022 par l'Association américaine de psychiatrie, décrit chaque trouble par une liste de critères diagnostiques. La CIM-11, adoptée par l'Organisation mondiale de la santé en 2019 et en vigueur depuis 2022, classe l'ensemble des maladies, dont les troubles mentaux, et sert de référence internationale pour les statistiques de santé.

    En L2, on attend de toi que tu saches les situer, expliquer leur logique et en discuter les limites. Voici l'essentiel, sans réciter de critères diagnostiques, qui n'ont pas leur place dans un article de cours.

    Le DSM : du manuel psychanalytique aux critères opérationnels

    La première édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders paraît en 1952. Les deux premières éditions sont marquées par la psychanalyse et décrivent les troubles en termes de réactions et de mécanismes supposés. Le DSM-III, en 1980, marque un tournant : il adopte une approche se voulant athéorique, fondée sur des critères descriptifs, observables et précis, avec des seuils explicites. L'objectif est la fidélité diagnostique : que deux cliniciens posent le même diagnostic face au même patient.

    Le DSM-5 paraît en 2013, puis sa révision de texte, le DSM-5-TR, en 2022, dont la traduction française est disponible depuis 2023. Il conserve une approche surtout catégorielle : on a ou on n'a pas un trouble, selon que les critères sont réunis ou non.

    La CIM : la classification de l'OMS

    La Classification internationale des maladies, publiée par l'Organisation mondiale de la santé, couvre toutes les maladies, et pas seulement les troubles mentaux. Elle est utilisée dans le monde entier pour les statistiques de santé et, dans de nombreux pays dont la France, pour le codage des diagnostics. La CIM-11 a été adoptée en 2019 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Elle intègre davantage de dimensions que le DSM : par exemple, les troubles de la personnalité y sont décrits par leur degré de sévérité, complété par des traits, plutôt que par des catégories distinctes.

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    Comment définissent-elles un trouble ?

    Aucun critère isolé ne suffit à définir l'anormalité : ni la rareté statistique, puisqu'un talent exceptionnel est rare sans être pathologique, ni la déviance sociale, qui dépend des normes d'une époque. Les classifications combinent plusieurs éléments : une détresse ou une altération du fonctionnement cliniquement significatives, dans la vie sociale, professionnelle ou personnelle, qui ne relèvent pas d'une réaction attendue et culturellement admise à un événement, comme le deuil.

    Le modèle biopsychosocial

    Les classifications décrivent les troubles ; elles n'en expliquent pas l'origine. Le modèle biopsychosocial, proposé par Engel en 1977, sert de cadre explicatif général : un trouble résulte de l'interaction de facteurs biologiques, comme la génétique ou la neurochimie, psychologiques, comme les cognitions et les émotions, et sociaux, comme le soutien, la précarité ou les événements de vie. Le modèle vulnérabilité-stress de Zubin et Spring (1977) le précise : une vulnérabilité préexistante et un facteur de stress se combinent pour déclencher le trouble.

    Les critiques des classifications catégorielles

    • Les frontières entre troubles sont en partie arbitraires et les comorbidités sont très fréquentes.

    • Deux personnes peuvent recevoir le même diagnostic en ne partageant presque aucun symptôme.

    • Les seuils de critères transforment en catégories des difficultés qui varient de façon continue.

    • La validité des catégories, leur correspondance avec des mécanismes réels, reste discutée, même quand leur fidélité est bonne.

    Ces critiques ont nourri des approches dimensionnelles : le programme RDoC de l'Institut national américain de la santé mentale (2009) part des fonctions psychologiques et de leurs bases biologiques, et le modèle HiTOP organise les symptômes en grands spectres. La tradition française propose, avec Bergeret, une lecture structurale. Confronter ces trois logiques, catégorielle, structurale et dimensionnelle, fait une excellente dissertation.

    Les pièges en partiel

    • Attribuer le DSM à l'OMS : il est publié par l'Association américaine de psychiatrie, la CIM par l'OMS.

    • Dire que le DSM explique les troubles : il les décrit.

    • Oublier le tournant du DSM-III en 1980.

    • Confondre fidélité diagnostique et validité des catégories.

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    Sources

    American Psychiatric Association (2022). « Diagnostic and statistical manual of mental disorders, fifth edition, text revision (DSM-5-TR) ». APA Publishing.

    Organisation mondiale de la santé (2019). « Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) ». https://icd.who.int/

    Engel, G. L. (1977). « The need for a new medical model : A challenge for biomedicine ». Science, 196(4286), 129-136.

    Zubin, J. et Spring, B. (1977). « Vulnerability : A new view of schizophrenia ». Journal of Abnormal Psychology, 86(2), 103-126.

    Kotov, R. et al. (2017). « The Hierarchical Taxonomy of Psychopathology (HiTOP) : A dimensional alternative to traditional nosologies ». Journal of Abnormal Psychology, 126(4), 454-477.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que le DSM-5-TR ?

    C'est la révision de texte de la cinquième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, publiée en 2022 par l'Association américaine de psychiatrie. Il décrit les troubles mentaux par des critères diagnostiques précis, selon une approche surtout catégorielle. Sa traduction française est parue en 2023.

    Quelle est la différence entre le DSM et la CIM ?

    Le DSM est publié par l'Association américaine de psychiatrie et ne porte que sur les troubles mentaux ; il est très utilisé en recherche. La CIM est publiée par l'OMS, couvre toutes les maladies et sert de référence internationale pour les statistiques et le codage des diagnostics. La CIM-11 intègre davantage de dimensions.

    Depuis quand la CIM-11 est-elle en vigueur ?

    La CIM-11 a été adoptée par l'Assemblée mondiale de la santé en 2019 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Les pays l'adoptent ensuite progressivement pour le codage des diagnostics, ce qui explique que la CIM-10 soit encore utilisée dans certains systèmes de santé.

    Pourquoi le DSM-III est-il un tournant ?

    Paru en 1980, le DSM-III abandonne les références psychanalytiques des éditions précédentes au profit de critères descriptifs, observables et explicites, présentés comme athéoriques. L'objectif est d'améliorer la fidélité des diagnostics entre cliniciens. Cette logique est conservée jusqu'au DSM-5-TR.

    Quelles sont les critiques du DSM ?

    On lui reproche des frontières arbitraires entre troubles, des comorbidités massives, une grande hétérogénéité des personnes partageant un même diagnostic et des seuils qui découpent des difficultés continues. Ces critiques ont conduit à des approches dimensionnelles comme le programme RDoC ou le modèle HiTOP.

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