Le transfert en psychanalyse : définition, contre-transfert et exemples (psycho)
En psychanalyse, le transfert désigne le processus par lequel des désirs, des attentes et des modes de relation issus de l'histoire infantile se rejouent dans la relation avec l'analyste. Le patient revit avec lui, avec un fort sentiment d'actualité, des sentiments qui s'adressaient à l'origine à d'autres personnes, souvent les figures parentales.
Freud en a d'abord fait un obstacle, avant d'y voir le moteur même de la cure. Cette notion revient en L1 avec la naissance de la psychanalyse et en L3 avec la clinique de la cure. Voici sa définition, ses formes et les notions qui lui sont liées.
La découverte du transfert
Le phénomène apparaît dans le traitement d'Anna O. par Josef Breuer, rapporté dans les « Études sur l'hystérie » (1895), écrites avec Freud. L'intensité des sentiments de la patiente envers son médecin conduit Breuer à interrompre le traitement. Freud comprend que ces sentiments ne s'adressent pas vraiment à la personne du médecin : ils sont transférés depuis des relations anciennes. Il théorise le transfert en 1912 dans « La dynamique du transfert ».
Transfert positif, transfert négatif
Le transfert positif se manifeste par la confiance, l'attachement, parfois l'idéalisation de l'analyste. Il soutient l'alliance et l'engagement dans la cure. Le transfert négatif se manifeste par la méfiance, l'hostilité ou le rejet. Il n'est pas un échec : il est aussi précieux que le positif, puisqu'il rend présentes et donc travaillables des expériences anciennes de déception ou de conflit. Freud décrit aussi un cas particulier, l'amour de transfert, qu'il analyse en 1915.
Exemple fictif : un patient reproche à son analyste de « l'abandonner » à chaque période de congé, pourtant annoncée longtemps à l'avance. Ce qui se joue dépasse la réalité de l'absence : il revit avec l'analyste une expérience ancienne d'abandon, que la cure peut alors élaborer au lieu de la répéter sans fin.
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Répéter au lieu de se souvenir : la névrose de transfert
Dans « Remémoration, répétition et perlaboration » (1914), Freud observe que le patient ne se souvient pas de ce qui a été refoulé : il le répète en actes, dans la relation avec l'analyste. Sa névrose se reconstitue sur la scène de la cure, sous la forme d'une névrose de transfert. Cette répétition, loin d'être un obstacle, offre à l'analyse une occasion unique de travailler le conflit au présent. En 1920, Freud rattachera cette compulsion de répétition à la pulsion de mort.
Résistance et perlaboration
La résistance désigne tout ce qui, chez le patient, fait obstacle au travail analytique : silences, oublis de séance, discours détourné vers des sujets secondaires. Elle n'est pas de la mauvaise volonté consciente, mais une protection inconsciente du refoulé. Le transfert lui-même peut servir la résistance, quand le patient préfère agir ses sentiments plutôt que d'en parler.
La perlaboration est le travail long et répété par lequel le patient traverse ces résistances. Une interprétation unique ne suffit pas : il faut revenir plusieurs fois sur les mêmes scènes pour qu'un changement durable se produise. C'est pourquoi la cure psychanalytique s'inscrit dans la durée.
Le contre-transfert
Le contre-transfert désigne l'ensemble des réactions inconscientes de l'analyste envers le patient, en particulier envers son transfert. Freud y voit d'abord un obstacle à maîtriser par l'analyse personnelle de l'analyste. Paula Heimann (1950) en fait au contraire un outil : ce que ressent l'analyste peut renseigner sur ce que le patient ne peut pas dire. Cette position est aujourd'hui largement partagée.
Les pièges en partiel
Réduire le transfert à un sentiment amoureux envers l'analyste.
Présenter le transfert négatif comme un échec de la cure.
Confondre transfert, qui vient du patient, et contre-transfert, qui vient de l'analyste.
Croire que le transfert n'existe qu'en psychanalyse : il traverse toute relation, mais seule la cure en fait l'objet du travail.
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Sources
Breuer, J. et Freud, S. (1895). « Études sur l'hystérie ». Trad. fr. Presses universitaires de France.
Freud, S. (1912). « La dynamique du transfert ». Dans La technique psychanalytique, Presses universitaires de France.
Freud, S. (1914). « Remémoration, répétition et perlaboration ». Dans La technique psychanalytique, Presses universitaires de France.
Heimann, P. (1950). « On counter-transference ». International Journal of Psycho-Analysis, 31, 81-84.
Laplanche, J. et Pontalis, J.-B. (1967). « Vocabulaire de la psychanalyse ». Presses universitaires de France.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le transfert en psychanalyse ?
C'est le processus par lequel des désirs, des attentes et des modes de relation issus de l'enfance se rejouent dans la relation avec l'analyste. Le patient revit avec lui des sentiments destinés à l'origine à d'autres personnes. Freud en a fait le moteur de la cure, puisqu'il permet de travailler le passé au présent.
Quelle différence entre transfert positif et négatif ?
Le transfert positif se manifeste par la confiance, l'attachement ou l'idéalisation de l'analyste et soutient l'engagement dans la cure. Le transfert négatif se manifeste par la méfiance, l'hostilité ou le rejet. Les deux sont utiles au travail analytique, car ils rendent présentes des expériences relationnelles anciennes.
Qu'est-ce que le contre-transfert ?
C'est l'ensemble des réactions inconscientes de l'analyste envers son patient, notamment en réponse au transfert. Freud y voyait surtout un obstacle à analyser ; depuis Paula Heimann, en 1950, beaucoup le considèrent comme un outil, ce que ressent l'analyste pouvant éclairer ce que le patient ne parvient pas à exprimer.
Qu'est-ce que la névrose de transfert ?
C'est la reconstitution, dans la relation avec l'analyste, de la névrose du patient. Freud observe en 1914 que le patient répète en actes ce qu'il ne peut pas se remémorer. Cette répétition dans la cure permet de travailler le conflit au présent, à travers l'interprétation et la perlaboration.
Qu'est-ce que la perlaboration ?
C'est le travail psychique répété par lequel le patient traverse ses résistances et intègre peu à peu une interprétation. Décrite par Freud en 1914, elle explique pourquoi une seule prise de conscience ne suffit pas à modifier durablement un symptôme : il faut revenir plusieurs fois sur les mêmes conflits.