Théories de l'intelligence : facteur g, Gardner, Cattell (licence psycho)
Les théories de l'intelligence se divisent autour d'une question : l'intelligence est-elle une capacité générale unique, ou un ensemble d'aptitudes distinctes ? Spearman défend en 1904 un facteur général, le facteur g ; Gardner propose en 1983 des intelligences multiples et indépendantes ; entre les deux, Cattell et le modèle CHC décrivent une organisation hiérarchique, avec un facteur général au sommet et des aptitudes plus spécifiques en dessous.
Cette question traverse la psychologie différentielle de L1 et la psychométrie de L2. Voici les grandes théories, ce qui les appuie et ce qu'on peut leur opposer en copie.
Spearman et le facteur g (1904)
Charles Spearman observe que les résultats d'enfants à des épreuves très différentes, comme le calcul, le vocabulaire ou la discrimination des sons, sont tous positivement corrélés entre eux : ceux qui réussissent bien dans une épreuve ont tendance à réussir dans les autres. Il en déduit l'existence d'un facteur général, g, commun à toutes les performances intellectuelles, auquel s'ajoutent des facteurs spécifiques à chaque épreuve. Pour le démontrer, il invente une forme précoce d'analyse factorielle.
Thurstone et les aptitudes primaires
Dans les années 1930, Louis Thurstone conteste cette vision en isolant plusieurs aptitudes mentales primaires, comme la compréhension verbale, l'aptitude numérique, la visualisation spatiale ou la mémoire. Mais ces aptitudes restent corrélées entre elles, ce qui laisse place à un facteur général de second niveau. Le débat entre une intelligence unique et des aptitudes multiples se résout peu à peu par des modèles hiérarchiques.
Cattell : intelligence fluide et cristallisée
Raymond Cattell distingue l'intelligence fluide, capacité à raisonner et à résoudre des problèmes nouveaux indépendamment des connaissances acquises, et l'intelligence cristallisée, ensemble des connaissances et savoir-faire accumulés grâce à l'éducation et à l'expérience. Les deux évoluent différemment avec l'âge : la fluide culmine au début de l'âge adulte puis décline, tandis que la cristallisée continue de progresser ou reste stable jusqu'à un âge avancé.
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Gardner et les intelligences multiples (1983)
Howard Gardner propose que l'intelligence n'est pas unitaire mais plurielle. Il décrit d'abord sept intelligences, puis huit : logico-mathématique, linguistique, spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste. Ses arguments viennent de la neuropsychologie, avec des lésions qui atteignent une capacité en épargnant les autres, et de l'existence de profils exceptionnels comme les savants autistes.
La théorie a eu un immense succès dans l'enseignement, mais elle est peu soutenue empiriquement. Gardner n'a pas proposé de tests pour mesurer ces intelligences, et les études qui tentent de les mesurer retrouvent des corrélations entre elles, ce qui plaide plutôt pour un facteur général. En partiel, présente-la comme une théorie influente mais discutée, pas comme un fait établi.
Sternberg et la théorie triarchique (1985)
Robert Sternberg distingue trois facettes : l'intelligence analytique, mesurée par les tests classiques, l'intelligence créative, qui permet de faire face à la nouveauté, et l'intelligence pratique, qui permet de s'adapter à son environnement de vie. Il reproche aux tests de QI de ne mesurer que la première, alors que la réussite dans la vie dépend aussi des deux autres.
Le modèle CHC, la synthèse actuelle
Le modèle de Cattell-Horn-Carroll, consolidé par la vaste réanalyse de données de Carroll (1993), est aujourd'hui la référence. Il organise l'intelligence en trois niveaux : un facteur général au sommet, une dizaine d'aptitudes larges en dessous, comme l'intelligence fluide, l'intelligence cristallisée, la mémoire de travail ou la vitesse de traitement, puis des aptitudes spécifiques. Les tests actuels, comme le WISC-V, s'en inspirent directement. Il réconcilie Spearman et Thurstone : il y a à la fois une capacité générale et des aptitudes distinctes.
Les pièges en partiel
Présenter les intelligences multiples comme un fait démontré.
Confondre intelligence fluide et intelligence cristallisée, ou inverser leur évolution avec l'âge.
Opposer simplement g et intelligences multiples sans mentionner les modèles hiérarchiques.
Assimiler intelligence et QI : le QI est un score, pas la totalité de l'intelligence.
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Sources
Spearman, C. (1904). « General intelligence, objectively determined and measured ». American Journal of Psychology, 15(2), 201-292.
Cattell, R. B. (1963). « Theory of fluid and crystallized intelligence : A critical experiment ». Journal of Educational Psychology, 54(1), 1-22.
Gardner, H. (1983). « Frames of mind : The theory of multiple intelligences ». Basic Books.
Sternberg, R. J. (1985). « Beyond IQ : A triarchic theory of human intelligence ». Cambridge University Press.
Carroll, J. B. (1993). « Human cognitive abilities : A survey of factor-analytic studies ». Cambridge University Press.
Questions fréquentes
Quelles sont les intelligences multiples de Gardner ?
Gardner en décrit huit : logico-mathématique, linguistique, spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste. Il a d'abord proposé sept intelligences en 1983, puis ajouté la naturaliste. Selon lui, elles sont relativement indépendantes, mais cette indépendance est peu confirmée par les études empiriques.
Qu'est-ce que le facteur g de Spearman ?
C'est un facteur d'intelligence générale, proposé par Spearman en 1904, qui expliquerait pourquoi les performances à des épreuves intellectuelles très différentes sont toutes positivement corrélées. Il s'ajoute à des facteurs spécifiques propres à chaque épreuve. Le facteur g reste présent au sommet des modèles hiérarchiques actuels.
Quelle différence entre intelligence fluide et cristallisée ?
L'intelligence fluide est la capacité à raisonner et à résoudre des problèmes nouveaux, indépendamment des connaissances. L'intelligence cristallisée correspond aux connaissances et savoir-faire acquis. Selon Cattell, la première culmine au début de l'âge adulte puis décline, la seconde progresse ou se maintient longtemps.
La théorie des intelligences multiples est-elle validée ?
Elle est très populaire, notamment en pédagogie, mais peu validée empiriquement. Gardner n'a pas construit de tests pour mesurer chaque intelligence, et les études qui le font trouvent des corrélations entre elles, ce qui va dans le sens d'un facteur général. On la présente donc comme une théorie influente mais discutée.
Qu'est-ce que le modèle CHC ?
Le modèle de Cattell-Horn-Carroll organise l'intelligence en trois niveaux : un facteur général au sommet, une dizaine d'aptitudes larges comme l'intelligence fluide, cristallisée ou la vitesse de traitement, et des aptitudes spécifiques. Consolidé par Carroll en 1993, il sert de base aux tests d'intelligence actuels comme le WISC-V.