Enfant de dos devant deux boîtes fermées sur une table, la boîte caramel cache une bille, chaise vide en face

Théorie de l'esprit : définition, âge d'acquisition et tests (licence psycho)

    Attribuer des croyances et des intentions aux autres : la théorie de l'esprit, la tâche de fausse croyance de Sally et Anne, l'âge de 4 ans, les compétences précoces et ce qu'on en dit dans l'autisme.

    La théorie de l'esprit est la capacité à attribuer des états mentaux, comme des croyances, des désirs ou des intentions, à soi-même et aux autres, et à comprendre que ces états peuvent différer de la réalité et de ce que l'on pense soi-même. Sa forme la plus étudiée, la compréhension des fausses croyances, est généralement réussie vers 4 ans dans les tâches verbales classiques.

    Cette notion est au carrefour de la psychologie du développement de L2 et de la psychopathologie. Voici sa définition, ses tests de référence et les débats sur son âge d'apparition.

    D'où vient la notion ?

    L'expression vient de Premack et Woodruff (1978), qui se demandaient si un chimpanzé pouvait attribuer des intentions à un humain. Ils parlent de « théorie » parce que les états mentaux ne s'observent pas directement : on les infère pour prédire et expliquer le comportement des autres, comme on le ferait avec une théorie scientifique.

    La tâche de fausse croyance

    Wimmer et Perner (1983) mettent au point le test devenu classique. Un personnage range un objet à un endroit, puis sort ; en son absence, l'objet est déplacé. L'enfant doit dire où le personnage cherchera l'objet à son retour. Pour réussir, il doit comprendre que le personnage agit selon sa croyance, devenue fausse, et non selon la réalité que l'enfant connaît.

    Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985) en proposent la version avec deux poupées, Sally et Anne. Sally met une bille dans son panier et s'en va ; Anne la déplace dans sa boîte. Où Sally va-t-elle chercher sa bille ? Avant 4 ans environ, la plupart des enfants répondent « dans la boîte », là où se trouve réellement la bille ; après, ils répondent « dans le panier ». La méta-analyse de Wellman, Cross et Watson (2001) confirme cette transition autour de 4 ans, dans différentes cultures.

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    Des compétences plus précoces ?

    Onishi et Baillargeon (2005) utilisent une méthode non verbale, la mesure du temps de regard. Des bébés de 15 mois regardent plus longtemps quand un acteur cherche un objet là où il se trouve réellement, alors qu'il ne l'a pas vu être déplacé : ils semblent surpris, comme s'ils attendaient qu'il agisse selon sa fausse croyance. Ces résultats suggèrent une compréhension implicite précoce. Ils sont toutefois discutés, certaines réplications n'ayant pas retrouvé les mêmes effets, ce qui alimente un débat actuel entre compétence implicite précoce et compréhension explicite plus tardive.

    Théorie de l'esprit et autisme

    Baron-Cohen, Leslie et Frith avaient montré dès 1985 que de nombreux enfants autistes échouaient à la tâche de Sally et Anne alors qu'ils avaient un âge mental verbal suffisant. L'hypothèse d'un déficit de théorie de l'esprit a eu une grande influence. On la nuance aujourd'hui : les difficultés sont hétérogènes selon les personnes, certaines réussissent les tâches classiques, et d'autres modèles insistent sur d'autres aspects du fonctionnement. Il faut donc parler de difficultés fréquentes et variables, pas d'une absence de théorie de l'esprit.

    Les pièges en partiel

    • Confondre théorie de l'esprit et empathie : comprendre ce que l'autre pense n'est pas ressentir ce qu'il ressent.

    • Placer la réussite à la fausse croyance avant 3 ans dans les tâches verbales.

    • Présenter l'autisme comme une absence totale de théorie de l'esprit.

    • Oublier le débat ouvert par les méthodes non verbales.

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    Sources

    Premack, D. et Woodruff, G. (1978). « Does the chimpanzee have a theory of mind ? ». Behavioral and Brain Sciences, 1(4), 515-526.

    Wimmer, H. et Perner, J. (1983). « Beliefs about beliefs : Representation and constraining function of wrong beliefs in young children's understanding of deception ». Cognition, 13(1), 103-128.

    Baron-Cohen, S., Leslie, A. M. et Frith, U. (1985). « Does the autistic child have a theory of mind ? ». Cognition, 21(1), 37-46.

    Wellman, H. M., Cross, D. et Watson, J. (2001). « Meta-analysis of theory-of-mind development : The truth about false belief ». Child Development, 72(3), 655-684.

    Onishi, K. H. et Baillargeon, R. (2005). « Do 15-month-old infants understand false beliefs ? ». Science, 308(5719), 255-258.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que la théorie de l'esprit ?

    C'est la capacité à attribuer des états mentaux, comme des croyances, des désirs ou des intentions, à soi et aux autres, et à comprendre qu'ils peuvent différer de la réalité. Elle permet d'expliquer et de prédire le comportement d'autrui. L'expression vient de Premack et Woodruff, en 1978.

    À quel âge acquiert-on la théorie de l'esprit ?

    La compréhension explicite des fausses croyances, mesurée par des tâches verbales comme celle de Sally et Anne, est généralement réussie vers 4 ans. Des études fondées sur le temps de regard suggèrent une compréhension implicite dès 15 mois, mais ces résultats sont encore discutés.

    Qu'est-ce que le test de Sally et Anne ?

    C'est une tâche de fausse croyance proposée par Baron-Cohen, Leslie et Frith en 1985. Sally range une bille dans son panier et sort ; Anne la déplace dans sa boîte. On demande à l'enfant où Sally cherchera sa bille. Répondre « dans le panier » montre qu'il comprend que Sally agit selon une croyance fausse.

    Quel est le lien entre théorie de l'esprit et autisme ?

    Des difficultés de théorie de l'esprit sont fréquentes dans l'autisme, comme l'ont montré Baron-Cohen, Leslie et Frith en 1985. On sait aujourd'hui qu'elles sont très variables d'une personne à l'autre et que certaines personnes autistes réussissent les tâches classiques. On ne parle donc pas d'absence de théorie de l'esprit.

    Quelle différence entre théorie de l'esprit et empathie ?

    La théorie de l'esprit est une compréhension cognitive des états mentaux d'autrui : savoir ce qu'il croit ou veut. L'empathie implique en plus de partager ou de ressentir son état émotionnel. On peut comprendre ce qu'une personne pense sans éprouver ce qu'elle ressent, et inversement.

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