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Modèle d'Atkinson et Shiffrin (1968) : la mémoire en trois registres (psycho)

    Mémoire sensorielle, à court terme et à long terme : le modèle modal de 1968, les expériences qui le fondent, l'effet de position sérielle et les critiques qui ont mené à Baddeley et Craik.

    Le modèle d'Atkinson et Shiffrin, proposé en 1968, décrit la mémoire comme un système de trois registres successifs : la mémoire sensorielle, qui retient très brièvement ce que perçoivent les sens ; la mémoire à court terme, de capacité limitée et de courte durée ; et la mémoire à long terme, de capacité et de durée pratiquement illimitées. L'information passe d'un registre à l'autre grâce à l'attention et à la répétition.

    On l'appelle aussi modèle modal, parce qu'il a longtemps été le modèle dominant. Il ouvre la psychologie cognitive de la mémoire en L1 et sert de point de départ à toutes les théories que tu verras ensuite.

    Les trois registres de mémoire

    • La mémoire sensorielle : un stock très bref et de grande capacité pour chaque sens. La mémoire iconique, visuelle, dure environ un quart de seconde ; la mémoire échoïque, auditive, quelques secondes.

    • La mémoire à court terme : elle contient ce dont on a conscience à un moment donné. Sa capacité est limitée, environ 7 éléments plus ou moins 2 selon Miller (1956), et son contenu s'efface en une vingtaine de secondes sans répétition.

    • La mémoire à long terme : un stock durable, de capacité pratiquement illimitée, où l'information est organisée selon son sens.

    Le passage de la mémoire sensorielle à la mémoire à court terme dépend de l'attention : ce qui n'est pas remarqué s'efface. Le passage de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme dépend surtout de la répétition, que les auteurs appellent autorépétition. Atkinson et Shiffrin insistent aussi sur les processus de contrôle, comme la répétition ou le codage, que le sujet met en œuvre volontairement.

    Les expériences qui fondent le modèle

    Sperling (1960) présente pendant une fraction de seconde une grille de douze lettres. Les participants ne rapportent qu'environ quatre lettres. Mais quand un son, juste après la disparition de la grille, leur indique la ligne à rapporter, ils en retrouvent presque toutes les lettres : l'information était bien disponible, mais seulement pendant un instant. C'est la preuve d'une mémoire iconique de grande capacité et de très courte durée.

    Peterson et Peterson (1959) font mémoriser trois consonnes, puis empêchent la répétition en demandant de compter à rebours de trois en trois. Après dix-huit secondes, la quasi-totalité de l'information est perdue. C'est la démonstration de la brièveté de la mémoire à court terme quand on bloque l'autorépétition.

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    L'effet de position sérielle

    Quand on apprend une liste de mots et qu'on la rappelle dans n'importe quel ordre, on retient mieux les premiers mots et les derniers que ceux du milieu. L'effet de primauté s'expliquerait par le fait que les premiers mots ont été davantage répétés et sont passés en mémoire à long terme ; l'effet de récence, par le fait que les derniers mots sont encore en mémoire à court terme. Glanzer et Cunitz (1966) montrent qu'un délai de trente secondes avant le rappel fait disparaître l'effet de récence sans toucher l'effet de primauté, ce qui appuie l'idée de deux stocks distincts.

    Les données neuropsychologiques vont dans le même sens. Le patient H. M., opéré en 1953 et étudié par Scoville et Milner (1957), garde une mémoire à court terme normale mais ne peut plus former de nouveaux souvenirs à long terme : les deux registres peuvent être atteints séparément.

    Quelles critiques ont suivi le modèle ?

    Le modèle présente la mémoire à court terme comme un magasin unique et passif. Le cas inverse de H. M., le patient K. F., qui a une mémoire à court terme très réduite mais apprend normalement à long terme, montre que le passage par ce magasin n'est pas obligatoire. Baddeley et Hitch (1974) le remplacent par une mémoire de travail à plusieurs composantes. Craik et Lockhart (1972) contestent, eux, le rôle de la simple répétition : ce qui compte pour retenir durablement, c'est la profondeur du traitement, c'est-à-dire le travail sur le sens. Enfin, Tulving (1972) montre que la mémoire à long terme n'est pas homogène et distingue mémoire épisodique et mémoire sémantique.

    Les pièges en partiel

    • Confondre mémoire à court terme, simple stock, et mémoire de travail, qui manipule l'information.

    • Oublier le rôle de l'attention entre mémoire sensorielle et mémoire à court terme.

    • Attribuer l'expérience des lettres présentées brièvement à Atkinson et Shiffrin plutôt qu'à Sperling.

    • Présenter le modèle comme actuel sans ses critiques.

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    Sources

    Atkinson, R. C. et Shiffrin, R. M. (1968). « Human memory : A proposed system and its control processes ». Dans K. W. Spence et J. T. Spence (dir.), The psychology of learning and motivation (vol. 2, p. 89-195). Academic Press.

    Sperling, G. (1960). « The information available in brief visual presentations ». Psychological Monographs, 74(11), 1-29.

    Peterson, L. R. et Peterson, M. J. (1959). « Short-term retention of individual verbal items ». Journal of Experimental Psychology, 58(3), 193-198.

    Glanzer, M. et Cunitz, A. R. (1966). « Two storage mechanisms in free recall ». Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 5(4), 351-360.

    Craik, F. I. M. et Lockhart, R. S. (1972). « Levels of processing : A framework for memory research ». Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 11(6), 671-684.

    Questions fréquentes

    Quel est le modèle d'Atkinson et Shiffrin ?

    C'est un modèle de la mémoire proposé en 1968, qui la décrit comme trois registres successifs : la mémoire sensorielle, très brève, la mémoire à court terme, limitée en capacité et en durée, et la mémoire à long terme, durable et de grande capacité. L'attention fait passer l'information du premier registre au deuxième, la répétition du deuxième au troisième.

    Pourquoi l'appelle-t-on modèle modal ?

    Parce qu'il réunit les traits communs à la plupart des modèles de la mémoire de son époque et a longtemps été le modèle dominant, le mode, en psychologie cognitive. Il a servi de référence aux recherches des années 1970, avant d'être remplacé par des conceptions plus détaillées comme la mémoire de travail de Baddeley.

    Quelle est la durée de la mémoire à court terme ?

    Sans répétition, son contenu s'efface en une vingtaine de secondes : Peterson et Peterson ont montré en 1959 que trois consonnes étaient presque entièrement oubliées après dix-huit secondes quand on empêchait la répétition mentale. Sa capacité est d'environ 7 éléments selon Miller, plutôt 4 unités selon des estimations plus récentes.

    Qu'est-ce que l'effet de position sérielle ?

    C'est le fait de mieux rappeler les premiers et les derniers éléments d'une liste que ceux du milieu. L'effet de primauté viendrait du passage des premiers éléments en mémoire à long terme, l'effet de récence de la présence des derniers en mémoire à court terme. Un délai avant le rappel supprime la récence mais pas la primauté.

    Quelles sont les limites du modèle d'Atkinson et Shiffrin ?

    Il présente la mémoire à court terme comme un stock unique et passif, alors que Baddeley et Hitch y voient une mémoire de travail à plusieurs composantes. Il surestime le rôle de la simple répétition, critiqué par Craik et Lockhart au profit de la profondeur de traitement. Et il traite la mémoire à long terme comme homogène, ce que Tulving a contesté.

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